Comme chaque année, à Vieux-Marché, toutes religions confondues, croyants, agnostiques ou athées, ont célébré la grande fraternité entre  chrétiens et musulmans ont lu la sourate 18 du Coran, devant la fontaine des Sept dormants. Et rompu le pain et le vin autour d'un couscous, symbole du bien vivre ensemble, le 22 juillet.ZOOM 

Comme chaque année, à Vieux-Marché, toutes religions confondues, croyants, agnostiques ou athées, ont célébré la grande fraternité entre  chrétiens et musulmans ont lu la sourate 18 du Coran, devant la fontaine des Sept dormants. Et rompu le pain et le vin autour d'un couscous, symbole du bien vivre ensemble, le 22 juillet. / Le Télégramme/PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

La météo ensoleillée du week-end 21 juillet n’explique pas tout. « Depuis les attentats de 2015 », selon Marie-Françoise Quinton, retraitée de l’enseignement supérieur et présidente de l’association Sources Sept Dormants, « il y a plus de monde » à venir au pèlerinage islamo-chrétien du Vieux-Marché (Côtes-d’Armor).

Samedi 21 et dimanche 22 juillet, plus de 200 personnes étaient là, « des habitants de toute la Bretagne et des touristes, mais aussi un certain nombre de musulmans et d’humanistes, c’est-à-dire des personnes qui ne se reconnaissent dans aucune religion et qui ne veulent pas être qualifiées de non-croyantes »,précise-t-elle.

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La sourate des Gens de la caverne

Lancé en 1954 par l’islamologue Louis Massignon, le Pardon des Sept Dormants s’appuie sur une légende racontée dans le Coran (sourate 18 dite sourate des Gens de la caverne) et concernant sept chrétiens qui, ayant refusé de renier leur religion, furent emmurés vivants dans une caverne près de la ville d’Éphèse par l’empereur romain Dèce (IIIe siècle ap. J.-C.) et se réveillèrent deux cents ans plus tard.

Ce pèlerinage qui, dans la pure tradition du pardon breton, allie procession, chants et tantad (feu de joie), propose aussi des débats – cette année, sur le thème de « l’hospitalité » – et des temps de partage interreligieux.

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Ainsi, samedi après-midi, après l’évocation de « l’hospitalité de Louis Massignon » qui avait invité ses amis musulmans à venir prier ici pour la paix, « en 1954, au début de la guerre d’Algérie », souligne Marie-Françoise Quinton, la parole a été donnée à Bérengère Massignon, petite-fille du célèbre islamologue, qui n’a pas connu son grand-père mais est aujourd’hui sociologue des religions au CNRS à Paris.

Puis Manoël Penicaud, anthropologue au CNRS, qui a soutenu une thèse sur le réveil des Sept Dormants (1) et qui est le co-commissaire de l’exposition « Lieux saints partagés » (2) a expliqué l’importance du Pardon des Sept Dormants.« Moi qui n’étais pas revenu sur mon terrain d’études depuis 2009, explique-t-il à La Croix, j’ai pu constater que ce pèlerinage continue d’attirer beaucoup de monde, y compris des étrangers, notamment par le biais de l’association Compostelle-Cordoue qui a fait venir des chrétiens et des musulmans soufis de Suisse et du Maroc. »

Par la suite, une table ronde sur « l’accueil de l’étranger en France aujourd’hui » a permis des échanges de qualité entre le jésuite Antoine Paumard, directeur du Service jésuite des réfugiés en France (JRS), le musulman d’origine syrienne Khaled Roumo, membre du Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC), et le député de Guingamp Yannick Kerlogot.

Déambulations autour de la fontaine sacrée

Après la messe dominicale présidée par Mgr Michel Dubost, évêque émérite d’Évry-Corbeil-Essonnes, les pèlerins ont fait les traditionnelles déambulations autour de la fontaine sacrée, tandis que l’imam de Lannion, qui venait ici pour la première fois, psalmodiait la sourate des « Gens de la caverne » (récitée tous les vendredis par les musulmans).

« Nous avons fait halte auprès du pilier de la paix, érigé après les attentats de Charlie Hebdo pour signifier une volonté de dialogue et de paix », explique Manoël Penicaud. Selon lui, « ce pèlerinage qui se poursuit depuis 64 ans, malgré ses faiblesses de moyen, continue d’évoluer, de s’adapter et de faire preuve d’une belle vitalité ».

Claire Lesegretain
(Source :  La Croix)