Après avoir été longtemps oubliée, la méditation chrétienne, ou prière silencieuse, bénéficie d’un regain d’intérêt, notamment en France.

Prier en silence Jouons à un petit jeu d’association d’idées. Si l’on vous dit « méditation », à quels mots pensez-vous instantanément ? Bouddhisme ? Zen ? Yoga ? Mais sans doute pas au qualificatif « chrétienne ». La pratique d’une forme de méditation, pourtant, remonte aux premiers siècles du christianisme.

Éclipsée par les techniques de méditation venues d’Extrême-Orient, la prière contemplative ou prière silencieuse bénéficie d’un regain d’intérêt dans les cercles chrétiens, grâce notamment à l’action de la Communauté mondiale pour la méditation chrétienne (CMMC). Fondée en 1991 par le moine bénédictin John Main, la CMMC compte quelque 2 500 groupes locaux dans le monde entier. Ces petits groupes se réunissent une fois par semaine pour pratiquer la méditation et la faire découvrir à de nouvelles personnes. Depuis neuf ans, la CMMC organise tous les ans les Rencontres de la méditation chrétienne, qui se dérouleront cette année du 23 au 25 février à Nevers, dans la Nièvre. Le thème retenu, « Où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté », sera commenté par deux intervenants, le frère dominicain Jean-Marie Gueullette et le directeur spirituel de la CMMC, Laurence Freeman.

Comment définir la méditation chrétienne ? « C’est une prière contemplative qui consiste, dans le silence et l’immobilité, à porter son attention au-delà de soimême, notamment grâce à la répétition d’un mot de prière, décrypte Sandrine Hassler-Vinay, coordinatrice en France de la CMMC. Le silence aide à toucher le mystère du divin, et la répétition d’un mot de prière qui nous est propre permet de se recentrer à chaque fois que l’on se perd dans ses pensées. »

 

Discipline personnelle

Le silence n’est pas le seul élément qui distingue la prière contemplative d’autres formes de prières. « Il y a dans la méditation une vraie dimension de gratuité, on ne demande rien, ajoute Sandrine Hassler-Vinay. Ce rendez-vous silencieux avec Dieu tient à la fois de la discipline personnelle et de l’acte de foi, pour affirmer que, dans nos vies, Dieu vient en premier. »

« Nous pouvons être un petit peu trop bavards dans nos prières, qui ressemblent parfois à des listes de commissions à Dieu, estime la théologienne et poète Francine Carrillo, invitée en 2012 des Rencontres de la méditation chrétienne. La méditation relève davantage de l’appel intérieur, de l’abandon à plus grand que soi. » La théologienne se dit convaincue que l’avenir du christianisme se jouera en partie dans les réponses qu’il pourra apporter à la recherche d’une « spiritualité authentique » d’une partie de la population. « Lorsque j’animais des ateliers de méditation chrétienne, les participants venaient me dire leur reconnaissance d’avoir trouvé dans nos Églises cet outil qu’ils avaient dû emprunter à des traditions très différentes, comme le bouddhisme, dont les concepts nous sont étrangers. Notre tradition religieuse, en Occident, est comme une langue maternelle. Il est bien plus aisé de s’y retrouver. »

« Près d’un tiers des participants à mes sessions d’initiation à la prière silencieuse ont déjà pratiqué d’autres formes de méditation, note le frère dominicain Jean-Marie Gueullette. Certains s’étaient éloignés du christianisme car ils ignoraient qu’ils pouvaient y trouver ce type de pratiques. » Ceci alors que le christianisme connaît une très ancienne tradition de prière silencieuse. Portée par les Pères du désert, elle fut développée en Occident aux XIIIe et XIVe siècles par les mystiques rhénans et, au XVIIe, en France, par de nombreux maîtres spirituels enseignant « l’oraison de simple regard ».

« Le XIXe siècle, en Occident, a été celui de l’action pour Dieu, rapporte JeanMarie Gueullette. L’expérience de la prière silencieuse a été occultée par les pratiques caritatives ou de pénitence. On redécouvre aujourd’hui cette longue tradition, notamment celle des maîtres spirituels chrétiens qui portaient une forte attention à la singularité de la personne, et notamment au corps. C’est une expérience spirituelle profonde que de faire attention à son corps pendant la prière, de faire preuve de bienveillance avec soi même. »

Un avis que partage Francine Carrillo. « Méditer nécessite de la persévérance, c’est une ascèse. Mais attention à ne pas mettre la barre trop haut ! Mieux vaut méditer quelques minutes plusieurs fois par jour que de s’imposer des séances trop longues, devoir les reporter et culpabiliser de le faire. »

Exercice difficile, la méditation change celui qui la pratique régulièrement. Ceci alors que de nombreuses études scientifiques ont validé ses bienfaits pour le corps. « Un jour, on réalise qu’on a profondément changé, que l’on ne se laisse plus aussi facilement mettre à terre par les choses de la vie, témoigne Jean-Marie Gueullette. La prière silencieuse apporte un centre de gravité. Même lorsque l’on mène une vie très occupée, il est essentiel pour un chrétien de se poser quelques instants et de dire : “Là, maintenant, j’arrête tout pour Dieu.” »

LOUIS FRAYSSE

(Source : RÉFORME (Hebdomadaire protestant d'actualité)